
C'était sur une note festive, rose, et pour le moins pailletée qu'en 2008 Avril Lavigne avait salué son public avec
The Best Damn Thing, son troisième album qui fit l'objet d'une tournée mondiale où du matériel fushia côtoyait de nouveaux musiciens et des street dancers à la bougeote prononcée. Quatre ans s'écoulent alors, où la canadienne semble mettre sa carrière musicale de côté pour se tourner vers un nouveau business ; création d'une ligne de vêtements pour ados (
Abbey Dawn), confection de parfums et œuvres caritatives à répétition. Bien que le résultat soit louable et on ne peut plus admiré, le public s'impatiente et son album se fait attendre : les fans veulent de nouveaux sons.

C'est donc en mars 2011, après de maigres informations et une sortie on ne peut plus repoussée que
Goodbye Lullaby se montre enfin au grand jour. Comme l'avait précisé l'artiste, ce quatrième opus se révèle plus sensible que ses albums précédents. Les ballades prédominent et l'orchestre l'emporte sur la caisse claire ; soit, c'est sous un jour romantique que la jeune femme se dévoile, usant d'une voix plus claire sur des textes émotifs emplis de sensibilité : «
Il est sincère, honnête et au plus près de mon cœur. », déclare-t-elle. Beaucoup de douceur et de déclarations, l'amour semble être au beau fixe pour Avril Lavigne qui n'a plus l'air bien méchante derrière ses nouveaux airs de jeune femme en fleur.

Pourtant, certains fans dont je fais partie ont sans nul doute haussé un sourcil à la découverte de
What The Hell, premier single de l'album qui fait la fierté de la chanteuse, laquelle ne manquant pas à chaque interview d'en expliquer même l'intonation exacte pour être dans le trip. Petite déception, donc, à l'écoute de ce nouveau morceau pour le moins adolescent et féministe – qui rappelle d'ailleurs
Girlfriend dans l'esprit festif et – j'ouvre bien les guillemets - « rebelle » de la chose. Mais après plusieurs écoutes, n'ayant encore pas d'autres horizons de l'album, l'habitude s'installe et l'on finit par apprécier le résultat – en bref, on connaît les paroles par cœur. En réalité, le soucis s'installe à l'apparition du clip. Ironie du sort ou humour trop léger, l'on peut se surprendre à son tour à crier « what the hell ?! » Bon sang, c'est quoi cette vidéo d'adolescente attardée ? (Sur le sujet je vous conseille d'ailleurs
cet article, assez amusant.) A seize ans Avril Lavigne composait «
I'm With You », «
Naked » puis quelques années plus tard «
Nobody's Home » et «
Slipped Away », chansons sensiblement matures et poétiques ; et c'est dix ans plus tard qu'elle se décide à jouer l'adolescente manipulatrice et égoïste, autour de laquelle les armoires fondent et à qui tout réussit ; toute la trame de la vidéo pue le cliché girly, sans compter la publicité grossière faite à ses parfums – qu'elle met d'ailleurs successivement, beurk – et à sa ligne de vêtements qui au bout du compte n'a rien de si extraordinaire, si ce n'est de s'inspirer d'un courant emo-punk à skate-board des années passées. La cerise sur le gâteau ? Finir sur une scène et faire des doigts d'honneur en plan rapproché pendant le refrain ; yeah, je suis une rebelle : what the hell ! Bref, après avoir délaissé le skate et les clous pour un look à la pointe de l'élégance également mis de côté, à vingt-six ans la jeune femme semble faire un sacré pas en arrière et donne la sincère impression d'avoir du mal à se trouver.

Mais comme on dit, « l'habit ne fait pas le moine », et bien que certains morceaux comme Black Star manquent sérieusement de créativité – on sent la bande originale de la publicité ajoutée, histoire d'en avoir une de plus – et que la reprise de Joan Jett n'a rien de nouveau pour l'oreille des fans, Goodbye Lullaby est relativement agréable à écouter ; les chansons caressent le cœur et rassurent l'âme meurtrie, donnent de la lumière à l'humeur et la sensation d'être amoureux. Le deuxième single « Smile » reflète l'esprit jeune et frais de ses débuts, où la liberté semblait être le mot d'ordre du travail de la canadienne qui laissait avant tout parler son cœur et ses émotions – bien qu'encore, « crazy bitch » et « fucking rock'n'roll » sont à profusion et sentent le réchauffé d'une époque révolue.
Au final, on retiendra qu'arborer une nouvelle mèche verte et abuser du fuck n'enlève rien au talent de la chanteuse qui ne manquera sans doute pas d'offrir une tournée mémorable au public qui lui reste fidèle. Car le cœur a beau balancer entre le contentement et la déception, c'est au final une admiration sans faille que l'on voue à Avril Lavigne, qui n'a de cesse de se renouveler, dans la musique comme dans l'attitude, pour le meilleur et pour le pire. Le talent est toujours présent, et espérons-le encore pour longtemps.