mardi 16 août 2011

Léthargie

On dirait que le Soleil tend les bras à la jeune pousse sur ma fenêtre. Il participe à sa souplesse, embrasse les épines qui ne laissent pas de place ; touche le cœur de ce qui finira par jaunir un jour. Le rose de mes joues y est semblable, mais ne se rattache à aucune lumière. J'apprends en regardant l'autre qui traverse. J'apprends en contemplant l'autre qui converse. Je fais tout comme l'autre qui se blesse. Il pourrait toucher le fond, je le suivrais encore. A mesure que le temps passe, mon âme se nourrit de ce que les autres rêvassent. Pourquoi le vide s'est-il donc épris de moi ? J'attends lentement, mais la patience vite se perd ; je voudrais m'aimer, moi seule par chaque recoin et même à l'envers ; trouver la force de me montrer, déshabiller ce corps et exhiber l'âme, la dévoiler et la faire boire à l'ivrogne du quartier. Je veux trinquer à ma santé, entendre dire que je suis l'exemple, qu'on m'observe et qu'on m'étudie. Qu'on apprenne à regarder ce que je cherche en vain ; ma personnalité se cache, elle se terre au fin fond de mon sein. Je tourne en rond au cœur de ma propre querelle, car j'imite l'actrice en petite dentelle ; je fais comme l'amie qui sourit, comme l'amie qui est belle. La caricature de ce moi qui s'oublie pour se changer en reflet donne la nausée à ce qui reste de ma naissance, du tout de mon essence. J'en ai assez de hurler contre ma bouche, je veux trouver ma voix propre qui chante sous la douche ; et rincer la sueur de tous ces goûts impropres. Comment participer au cycle des choses, apporter ma touche personnelle, un semblant de lueur dans leurs yeux blasés ? Les miens sont trop éteints, mais je les ouvre, pour qu'ils avalent. Mais je recrache peu à peu la graisse étrangère ; je vais dormir, car il est l'heure de se taire.

Photo par Sonia Szostak

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